
Elle se présente bien grâce aux bons résultats engrangés en 2004. Avant, je devais me battre pour entrer dans les cartels importants mais cette année, je sais déjà que je serai à Castellón, à Séville, à la San Isidro, à Nîmes et à Arles, à Vic, dans beaucoup de ferias importantes. Maintenant, c'est à moi de faire le nécessaire pour que tout aille bien. Robert Piles sera mon apoderado en 2005.
C'est vrai que j'ai toréé longtemps avec l'impétuosité de la jeunesse et dans le seul but de couper des oreilles. Je pratiquais un toreo rapide et violent face à des élevages durs qui exigeaient ce type de toreo. Puis la maturité et la technique venant, je crois que j'ai progressé et que je peux toréer de manière plus sereine, ce qui me plaît beaucoup plus.
Je souhaite toréer tous les styles d'élevages parce que je veux montrer au public, à l'afición, aux empresas et à la presse que je suis aussi capable de pratiquer un toreo artiste, largo, que je ne suis plus le même qu'il y a huit ans. Sans pour autant arrêter de toréer les corridas dures.
Encore faut-il s'entendre sur ce terme. Il y a des corridas dures qui imposent un toreo plus ou moins défensif mais d'autres, importantes, qui donnent de l'importance à celui qui les tue, comme celles de Victorino ou de Cuadri qui permettent le toreo que je porte en moi. Je suis plus heureux de ce que je fais aujourd'hui même si je ne rejette pas ce que je faisais avant.
Mais ce n'est pas une question d'âge. Même si, avec le temps, on se bonifie comme le vin, en acquérant du bouquet. A partir de la miurada d'Arles de 90, je me suis frayé un chemin dans cette profession avec des corridas de Palha, d'Isaias, des élevages terribles qui demandent beaucoup de force et d'afición mais je n'étais pas satisfait. J'ai réfléchi, approfondi mon afición et mon courage pour aller vers un toreo plus templé, plus pur, plus long et puissant à la fois. Je crois que je parviens maintenant à montrer toutes les facettes de mon toreo, à transformer la violence du toro en quelque chose d'harmonieux qui correspond à ce que je ressens.
La peur est permanente chez les toreros, sous toutes ses formes : la responsabilité dans une corrida importante, la peur pour son intégrité physique. Mais sans la peur, nous ne saurions pas ce que nous faisons; c'est à partir de la peur que l'on exprime ce quelque chose qu'on a en soi.
Ceux de 2005 sont-ils les mêmes que ceux de 1990 ? Difficile à dire d'autant que ceux de 2005 ne sont pas encore sortis… Ce qui est sûr, c'est que les Miuras sont différents de tous les autres toros. Ils sont plus forts, plus violents même s'ils ont évolué comme le toreo lui-même a évolué. J'espère que les Miuras de 2005 ressembleront à ceux de 2003, une excellente année.
Il n'y a pas de moment-clé dans la lidia qui permettrait de définir ce que l'on va faire. Il faut observer le toro dès sa sortie et s'adapter en permanence à son comportement qui ne cesse d'évoluer. Un toro peut être bon à la cape tout en montrant les difficultés que sa charge présentera à la muleta. La lidia est un dialogue et il faut être à l'écoute, comprendre les questions que le toro pose et y répondre. Parfois, il permet un toreo plus détendu, parfois il exige davantage de courage. Parfois, toro et torero s'entendent bien, parfois non et il faut alors accepter la bagarre.

Je voudrais montrer à l'afición de Madrid qui est El Fundi. Mais jusqu'ici, la pression a été trop forte, une véritable obsession. J'ai triomphé à Madrid mais je n'ai pas atteint le sommet que je souhaite, la tarde qui me permette d'être totalement a gusto, sans ce poids sur la poitrine que fait peser le besoin de couper à tout prix. Mes relations avec l'afición madrilène ont été difficiles, en particulier avec le tendido 7 mais le temps a passé. En fait, je veux pouvoir toréer à Madrid comme dans n'importe quelle autre arène. Après dix-sept ans d'alternative, ce triomphe ne serait plus aussi déterminant pour ma carrière mais cela m'apporterait le respect de toutes les autres empresas et, surtout, me comblerait vraiment !
La langue bleue va poser des problèmes aux ferias françaises et il faut espérer que les discussions en cours aboutiront. Je vais devoir toréer la corrida de Yonnet, la plus difficile de la féria. Face à cette course, je ferai le maximum, comme face à n'importe quelle autre, pour tirer le meilleur parti possible de mon expérience. Je n'ai pas changé au point de ne plus savoir faire comme avant quand il le faut !

Banderiller a toujours fait partie de ma conception du toreo, du toreo completo. Aujourd'hui,c'est vrai, cela m'apporte moins de satisfaction mais si je décidais d'arrêter, je crois que l'afición ne serait pas d'accord ! Je souhaiterais en fait pouvoir banderiller uniquement les toros qui me donneraient envie de le faire. Mais, pour le moment, je vais continuer.
C'est là qu'on acquiert l'expérience et la technique indispensables. C'est aussi le lieu d'émotions particulières, intimes que je voudrais pouvoir partager avec les aficionados dans l'arène. Et toréer au campo permet aussi de recharger les batteries !
Je regarde beaucoup de vidéos et de films sur les toreros d'hier et d'aujourd'hui: Manzanares, Damaso González, Ojeda, Julio Robles, Capea, Curro Vázquez, Rafael de Paula qui, à la cape, m'impressionnait beaucoup à mes débuts et d'autres, moins connus, que j'aime énormément. Parmi les plus jeunes, Morante et El Cid. Je lis aussi car la tauromachie n'existe pas uniquement dans l'arène.
Quand je suis sorti de la plaza de Vic, je savais que j'avais fait une bonne faena, j'étais content. J'avais fait ce qu'il fallait à ce toro qui était difficile au début de la lidia. Puis, au fur et à mesure du déroulement de la temporada, c'est devenu un événement: je ne pouvais pas croiser un aficionado ou un empresario français sans qu'il me parle du " toro de Vic " ! Une matinée professionnellement importante...
B. M. - Photographies : J. B.